Une fleur dans la ville, histoire d'une société française au Brésil
le 24/5/2010 à 10h48
par Solange Bailliart
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Comment se lancer dans le business quand on est femme d'expatrié au Brésil. Deux Françaises nous racontent leur itinéraire.
Après avoir parcouru la Chine, l'Angleterre, la Thaïlande…où elles ont travaillé, Anne Laurans et Diane Pailloncy sont arrivées à Sao Paulo en suivant leurs maris expatriés.
Désirant rester actives, elles ont opté rapidement pour le rachat d'une micro-société de décoration florale qui fleurit aujourd'hui de nombreuses entreprises, des salons professionnels, des soirées événementielles ainsi que les salons de riches Brésiliens.
L'aventure brésilienne
Le mari d'Anne travaille pour une société de sécurité numérique qui fait partie de l'association internationale partnerjob . Partnerjob facilite la mobilité géographique de ses salariés en aidant les époux et épouses à trouver un travail dans le pays d'affectation. “J'ai pu en bénéficier lorsque nous étions en Chine par exemple, en travaillant dans la communication” explique Anne.
Mais en arrivant à Sao Paulo en 2005, Anne ne souhaite pas exercer une activité professionnelle à temps plein avec des enfants en bas âge. Elle rencontre deux Françaises sur le départ qui avaient créé une société décoration florale.
La structure était enregistrée et viable, elle avait obtenu le CNPJ (Cadastro Nacional da Pessoa Jurídica) numéro qui permet à une enterprise d'exercer son activité, notamment de signer des contrats et d'émettre des notes fiscales, indispensables pour faire du business.
“A cette époque il y avait de nombreuses femmes d'expatriés qui avaient monté leur société. Cet élan et le soutien de mon mari m'ont aidée à franchir le pas et à racheter les parts de cette société” explique Anne qui, seulement cinq mois après son installation et sans maîtriser encore le portugais, se reconvertit dans l'entrepreunariat et crée avec sa première associée, “ Une fleur dans la ville ”.
Changement dans la continuité
En 2008, Anne rencontre Diane qui vient de s'installer à Sao Paulo. Son associée doit quitter le Brésil, ses parts sont à reprendre Le contact passe bien.
Diane aime le produit, l'aspect artistique, le challenge. Elle a toujours caressé le projet de créer sa propre entreprise. La fusion et la complémentarité de ces deux jeunes femmes dynamiques, enthousiastes et passionnées fonctionne à merveille.
L'image de la France, un segment porteur au Brésil
Ensemble elles réfléchissent sur le développement de la société. Le marché est concurrentiel, il faut trouver un segment.
Diane, qui a travaillé dans le secteur du luxe, propose de réfléchir sur un nouveau positionnement. Après une étude du marché, elles optent pour le segment de la prestation haut de gamme, exclusive en capitalisant sur une image très française pour donner un nouvel essor à leur enterprise.
Leur valeur-ajoutée? un service sans faute, une disponibilité totale et une créativité à la française. “Nous offrons le bouquet de fleurs avec le “chic à la française”, c'est-à-dire le raffinement, le bon goût, l'innovation et surtout l'excellence du service” explique Diane.
Maître mot de leur différence, l'excellence du service commence par le choix de la fleur et se termine à la composition florale in situ.
“Nous avons sélectionné nous-même nos fournisseurs au CEAGESP (Companhia de Entrepostos e Armazéns Gerais de São Paulo), le marché au gros de Sao Paulo. Un site internet (http://www.ceagesp.gov.br/) nous donne le cours de la fleur ce qui nous guide dans nos transactions. Nous préférons payer un peu plus cher la fleur mais être sûres de sa fraîcheur. Nous veillons à la composition des bouquets, sommes exigeantes sur les détails comme une marque de doigt sur le vase ou le remplacement d'une fleur fanée dans la jounée. Nous sommes toujours présentes pour la touche finale”
Pour répondre à cette exigence d'un service de qualité elles ont également segmenté le travail des employés en désignant un interlocuteur-responsable par client. “Une organisation qui porte ses fruits puisque le client a l'assurance que sa requête sera suivie d'effets et nos employés se sentent valorisés car responsabilisés.”
Le challenge interculturel
Naturellement le management des équipes n'est pas sans problème en raison des différences culturelles. “Le personnel ne sait pas être autonome, Il faut tout préciser, expliquer, vérifier. La relation au temps est aussi très différente ici alors que la ponctualité est une règle d'or pour nous”. Mais très philosophes, elles ont su prendre sur elles, s'adapter aux nouvelles mentalités et pour finir adopter le dicton “tout finit par s'arranger”.
Les conditions de réussite sur le marché brésilien
Si leur micro-entreprise (microempresa e de empresa de pequeno porte) marche c'est parce qu'elles ont réuni plusieurs conditions fondamentales pour le Brésil. D'abord il faut disposer d'un visa permanent qui permet de travailler, être associé et toucher un salaire.
Pour faire face à la complexité des formalités fiscales, juridiques et sociales, elles ont opté pour l'externalisation de ces services auprès d'un cabinet d'expertise comptable dirigé par un Français qui les accompagne au quotidien.
“Cela a un coût naturellement mais nous voulons travailler dans la transparence et les règles, c'est une garantie pour nous et nos clients”.
Enfin la fidélisation des employés est un véritable case-tête au Brésil où le turn-over est important. Pour cela elles proposent un salaire décent (en moyenne 1200 reais – environ 512€ - sachant que le salaire minimum de 510 reais – 217€) réajusté tous les ans entre 4 à 6%, un treizième mois, le paiement des heures supplémentaires et une prime au résultat quand l'exercice a été bon.
Aujourd'hui elles emploient quatre salariés: une fleuriste expérimentée qui est là depuis sept ans, deux aides-fleuristes et un chauffeur-livreur.
Une clientèle haut de gamme
La start-up “Une fleur dans la ville” dispose d'un portefeuille clientèle compose à 80% par des entreprises internationales et des clients particuliers brésiliens et à 20% par des sociétés françaises. Elle occupe aujourd'hui plusieurs segments de marché assurant un chiffre d'affaires en croissance depuis cinq ans.
Le segment des entreprises françaises et internationales auprès desquelles Diane et Anne proposent des formules d'abonnement pour fleurir les salles de réunion, l'accueil ou encore les bouquets “anniversaire” ou “fête des secrétaires”, est très populaire.
Au début de l'année, elles ont gagné un appel d'offres pour réaliser la décoration florale annuelle d'un hôtel de luxe. “il y a eu trois appels d'offres et ce qui a dû faire la différence est notre offre de service à travers la disponibilité d'une équipe sur les lieux tous les jours ainsi que la touché française.”
La clientèle privée brésilienne est haut de gamme car la fleur est un produit de luxe dans un pays où les conditions climatiques ne favorisent pas sa durée de vie.
Là aussi elles ont innové en proposant un abonnement à domicile ou encore le bouquet cadeau du “secreto amigo”.
“Parfois nous allons au-delà de notre prestation en rédigeant par exemple le message qui accompagne le bouquet car nous, les Français, symbolisons le romantisme. Il nous arrive également qu'au moment de la livraison, on nous demande des conseils pour la touche finale de la décoration de la table”
Pour le moment la réussite “d'une fleur dans la ville” se fait surtout par le bouche-à-oreille qui marche très bien au Brésil.
“Pour l'heure nous souhaitons rester une petite structure et continuer à fidéliser notre clientèle. Nous voulons préserver également notre équilibre familial. L'année dernière nous avons fonctionné à 150% et n'avons pas trouvé de temps pour prendre du recul sur notre activité, continuer de structurer notre société, réfléchir à de nouveaux concepts” précisent d'un commun accord Anne et Diane.
Toutes les deux sont sûres d'une chose. Grâce au Brésil elles ont franchi le pas de l'entrepreunariat.
Site : www.unefleur.com.br
Brésil
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