Découvrir l'art naïf brésilien avec Jacques Ardiès, galeriste français de Sao Paulo
le 3/5/2010 à 12h07
par Solange Bailliart
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Fils et petit-fils de grands voyageurs, Jacques Ardiès est arrivé au Brésil en 1973. Touché par le charme du pays et de sa population il a découvert l’art naïf brésilien qu’il promeut depuis plus de trente ans, au Brésil, en France, aux Etats-Unis et Israël. Portrait d’un homme de coeur et de convictions.
Lorsqu'on visite sa galerie d'art, Jacques Ardiès est toujours présent pour nous accueillir, avec Lucia, son épouse, un peu comme s'il nous recevait chez lui, en compagnie des oeuvres de ses amis, les artistes peintres qu'il accompagne depuis leurs débuts.
Fidèle à sa passion, aux personnes qui l'entourent, au choix de vie qu'il a fait, Jacques a adopté le Brésil en devenant un expert en art naïf brésilien. Il reconnaît dans ces artistes des êtres intuitifs, créatifs, authentiques, qui, en peignant leurs racines, cultivent l'âme d'un peuple en quête d'essence de l'existence.
“Le Brésil c'est à la fois des gens chaleureux, un sens humain de l'accueil et une énergie vibrante qui vous prend aux tripes et vous font dire que tout est possible” explique Jacques qui atterrit au Brésil en 1973.
Ses éudes terminées, il avait envie du grand large, comme son père qui s'est installé à Dakar puis à Casablanca. Plutôt que de faire son service militaire en France, il a la possibilité de travailler dans un pays en voie de développement, à condition que ce soit pour deux ans.
Il choisit le Brésil, Sao Paulo où vit une cousine, et décroche un contrat de travail dans un groupe français. Conquis par le dynamisme du pays, l'énergie positive qu'il y trouve, l'accueil que lui ont reservé les Brésiliens “comme s'il était de la famille”, il décide de rester une fois son contrat terminé.
Il travaille pour une société d'exportation brésilienne. En se faisant remercier du jour au lendemain il éprouve un choc dont il tire une leçon : ne plus jamais se retrouver dans une telle situation de dépendance.
“ Je suis rentré en France, malgré moi, avec la “gueule du perdant”, le temps de digérer cette mauvaise expérience. Mais le Brésil me manquait, je m'y sentais comme chez moi alors je suis reparti en me disant que je parviendrai bien à me débrouiller ”. Le Brésil était déjà un pays prometteur où tout etait possible, comme aujourd'hui.
Une succession de rencontres
Après avoir enchaîné une multitude de petits boulots alimentaires, il fait deux rencontres qui vont bouleverser le cours de sa vie. D'abord deux femmes brésiliennes qui tiennent une boutique bio “Cravo e canela” -inspirée du roman de Jorge Amado “Gabriela cravo e canela" - dans une maison à Alto da Boa Vista.
“A l'époque j'étais très zen, je dormais à même le sol, je ne mangeais que des produits bio que j'allais régulièrement acheter chez elles. Un jour elles m'ont demandé si je voulais les aider à décorer les murs de leur futur salon de thé avec des peintures d'artistes brésiliens”.
Interloqué mais attiré par l'idée, il se demande comment procéder pour rencontrer des artistes. C'est à ce moment qu'intervient la seconde rencontre qui va lui ouvrir les portes du monde de l'art en particulier de l'art naïf.
“J'avais rencontré la femme d'un expatrié qui adorait l'art et connaissait beaucoup d'artistes brésiliens, notamment des artistes de peinture naïve. J'ai été très vite fasciné par cette forme d'expression aristique récente au Brésil qui a été reconnue à partir des années 50 avec la première Biennale Internationale de Sao Paulo”.
Elle lui présente des artistes qui vont lui faire confiance. Le bouche à oreilles fonctionne, les amis le soutiennent, les médias le suivent. C'est la période où l'art naïf est en plein essor au Brésil. Il monte sa première exposition en 1979 avec plus de cinquante tableaux.
Une aventure artistique et familiale
Un an après, Jacques décide de voler de ses propres ailes. Les peintres le suivent. C'est à ce moment qu'il rencontre sa femme, Lucia, brésilienne.
En trois mois la société est créée et à eux deux, avec cinq cents dollars, ils ouvrent la première galerie à leur nom, la “Galerie Jacques Ardiès” .
Membre depuis toujours de la Chambre de commerce franco-brésilienne, il y trouve un appui important ainsi que de la part des sociétés françaises qui sponsorisent ses expositions.
Jacques vit cultive une relation privilégiée aussi bien avec les artistes qu'avec les clients qui deviennent, pour certains, des amis. “Le tableau qu'ils m'ont acheté représente un point d'ancrage dans leur vie, l'évocation de moments qu'ils ont aimé, des souvenirs. C'est un lien dans la continuité me disent-ils”.
Et ce lien est si indeffectible qu'après trente ans d'une culture patiente, obstinée il n'est plus possible à Jacques de le briser. “J'adore rentrer en France une fois par an pour revoir les amis, la famille, faire les expos, manger français mais au bout d'un mois, l'appel du Brésil est bien là. J'ai fait pousser deux plantes, ma famille et la Galerie. Je ne peux déraciner ni l'une ni l'autre. Ma vie est ici”.
Les trois enfants de Jacques et Lucia ont la double nationalité. Après avoir fait leurs études dans des écoles brésiliennes, l'un est à Hawaï, l'autre à Seattle et le troisième à Florianopolis.
Monter une affaire au Brésil est encore possible à condition d'avoir un bon réseau
“Le Brésilien est un peuple travailleur et ambitieux qui vit au présent.” reconnaît Jacques. Sur le marché de l'art il y a de la place pour tout le monde car il y a encore tant d'artistes à promouvoir. Mais pour ce il faut un bon réseau et surtout beaucoup de patience et de persévérance en particulier sur le marché de l'art naïf.
Avec le développement du marché de l'art moderne le mouvement du naïf s'est essoufflé à partir des années 90. Les critiques d'art et le public brésilien s'en sont détournés pour s'intéresser à une peinture plus académique, plus intellectuelle ce qui a nui à l'art naïf puisque par définition les peintres naïfs sont des autodidactes.
Pourtant, Jacques continue son patient travail d'information et d'éducation. En 1998 il publie, “naive art in Brazil” en collaboration avec Geraldo Edson de Andrade, écrivain et critique d'art brésilien.
A sa dernière exposition l'artiste Ernani Pavaneli avoue “il a toujours été là. Je ne sais pas ce qu'on ferait sans lui, sans son travail”.
Et l'avenir ? Il reconnaît que les Européens sont davantage intéressés par cette forme artistique mais ne doute pas que cette proportion s'inversera un jour...
www.ardies.com
Brésil
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